Miriam Ulinower

2 février 1888 (ou 1890), Łódź – août 1944, camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau.


Poétesse écrivant en yiddish née à Łódź. Elle publiait aussi bien dans la presse traditionnelle que dans celle d’avant-garde. Elle animait un petit salon littéraire chez elle, même pendant son séjour dans le ghetto de Łódź. En août 1944, lors de la liquidation du ghetto, elle fut déportée avec toute sa famille vers le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Une grande partie de son œuvre a disparu avec elle.

 

Miriam Hirszbejn est née à Łódź dans une famille aisée. Elle a grandi dans un foyer traditionnel mais a également reçu une éducation laïque. Ses parents ont divorcé en 1905. Enfant, Miriam a passé quelque temps chez son grand-père, dans la petite ville de Krzepice, près de Częstochowa. Elle a commencé à écrire très tôt, alors qu’elle était encore une jeune fille, apparemment inspirée par sa rencontre avec le grand classique yiddish, Sholem Aleichem. Ses premiers textes étaient rédigés en polonais, en russe et en allemand. Au bout d’un certain temps, la poétesse s’est mise à écrire en yiddish, et a continué à utiliser cette langue jusqu’à la fin de ses jours.

 

En 1912, elle épousa Wolf Ulinower, plus jeune qu’elle, un commerçant issu d’une famille hassidique. Le couple eut deux filles : Dina Rochel et Hinda Machla. Leur foyer était de tradition orthodoxe : Miriam portait une perruque et tenait une cuisine casher, et la famille observait le Shabbat. Pendant la Première Guerre mondiale, Wolf s’engagea dans l’aide aux réfugiés de guerre, tandis que Miriam se lança dans la publication d’articles dans la presse. Au début des années 1920, elle publiait aussi bien dans la presse traditionnelle (« Bejs Jakov ») que dans la presse d’avant-garde (« Ringen »), dans des revues littéraires de Łódź et de Varsovie. En 1922, son recueil Der bobes ojscer (« Le trésor de grand-mère ») parut à Varsovie, avec une préface du célèbre écrivain et critique Dowid Friszman. Ses poèmes furent intégrés au programme scolaire, et étaient alors très populaires. On peut les interpréter tant dans le contexte de la tradition religieuse que dans celui de la symbolique populaire. Cependant, malgré le succès de ce premier recueil, aucun des livres suivants annoncés dans la presse ne vit le jour.

 

Dans l’appartement de la poétesse, rue Dzielna (aujourd’hui, rue Narutowicza), se tenait un salon littéraire où se réunissaient des poètes pour réciter leurs poèmes. Parmi eux, figuraient notamment Chaim Lejb Fuks, Icchok Goldkorn et Rikuda Potasz. La tradition de ces rencontres s’est poursuivie également dans le ghetto. À la fin de l’année 1939, Łódź comptait environ 233 000 Juifs (soit un tiers de la population totale). Le ghetto de Łódź figurait parmi les plus grands ghettos de l’Europe occupée ; il constituait le deuxième plus grand lieu de concentration et de travail forcé de la population juive sur les terres polonaises.

 

Ulinower n’écrivit qu’un seul poème dans le ghetto, qui n’a pas été conservé. Elle tomba gravement malade, épuisée par la faim et la fatigue. En août 1944, lors de la liquidation du ghetto, elle fut déportée avec toute sa famille vers le camp d’Auschwitz-Birkenau. C’est là qu’elle périt, dans une chambre à gaz. Sur les 200 000 personnes qui passèrent par le ghetto de Łódź entre 1940 et 1944, seules 5 000 à 7 000 survécurent. À Auschwitz-Birkenau, Ulinower avait sur elle tous ses manuscrits, mais aucun n’a été préservé. En 2003, est paru le recueil le plus complet à ce jour de ses poèmes, avec une préface de Natalia Krynicka. En 2018, les organisatrices du « Sentier des Femmes de Łódź » ont déposé une demande auprès du Conseil municipal de Łódź afin de rendre hommage à la poétesse, en proposant de donner son nom à l’une des rues de la ville. Cette demande est en attente de réponse.

 

Bibliographie :

Hellerstein Kathryn, A Question of Tradition: Women Poets in Yiddish, 1586-1987, Stanford University Press, 2014.

Krynicka Natalia, Miryam Ulinower, Jewish Women’s Archive, 0url(11 décembre 2023).

Joanna Lisek, Kol isze – La voix des femmes dans la poésie yiddish (du XVIe siècle à 1939), Sejny, 2018.

Szymaniak Karolina, Lisek Joanna, Szwarcman-Czarnota Bella (sélection et édition), Ma chèvre sauvage. Anthologie de poétesses yiddish, Cracovie-Budapest-Syracuse, 2018.