8 janvier 1864, Thorn (aujourd’hui Toruń, en Pologne) – 29 décembre 1944, Theresienstadt (Terezin, aujourd’hui en République tchèque).
Peintre et graveuse, elle créait dans l’esprit de l’Impressionnisme et de l’Art nouveau. Militante du mouvement pour l’égalité des femmes, elle était également active au sein d’organisations juives.
Julie Wolfthorn est née sous le nom de Julie Wolf à Thorn (Prusse occidentale), l’actuelle Toruń (Pologne). Plus tard, elle ajouta à son nom de famille le nom allemand de sa ville natale. Elle était issue d’une famille aux traditions artistiques. Elle perdit ses parents assez tôt. Son père, Julius Wolf, s’était donné la mort avant même sa naissance en raison de difficultés financières. Sa mère, Mathilde Neumann, mourut lorsque Julie avait 6 ans. Les enfants furent confiés à des proches.
Son frère Georg était sculpteur, auteur de la célèbre Fontaine du Flisak à Toruń, et sa sœur Louise, traductrice de littérature anglaise, française et scandinave.
Julie et sa sœur Louise s’installèrent à Berlin au milieu des années 1890. Elle y étudia la peinture et le dessin auprès du célèbre artiste Ernst Neumann. Elle poursuivit ses études à Paris, à l’Académie Colarossi. Elle exposa ses tableaux pour la première fois en 1894 dans le cadre d’une exposition collective. En 1897, c’est grâce au portrait d’Ida Auerbach (épouse de l’écrivain Richard Dehmel), qu’elle s’est fait connaître. Elle réalisait des portraits d’une grande profondeur psychologique. Elle peignait également des paysages, créait des gravures, dessinait, et concevait des cartes postales et des affiches. Sa carrière connut une ascension fulgurante. Le style de ses œuvres a évolué de l’Impressionnisme vers l’Art nouveau. En 1898, elle a rejoint le groupe appelé La Sécession berlinoise (Berliner Secession). Jusqu’en 1904, elle a collaboré avec le magazine satirique « Jugend ». Peintre très populaire, elle fréquentait les personnalités les plus en vue des milieux bohèmes et culturels (notamment Edvard Munch, Gerhart Hauptmann et Marlene Dietrich). Julie était également une militante active du mouvement pour l’égalité des femmes et des organisations juives. Elle fut la fondatrice de la Sécession des femmes (Frauen-Secession), et de l’Association des femmes artistes (Ausstellungsgemeinschaft « Verbindung Bildender Künstlerinnen »). Elle s’est battue pour le droit des femmes à étudier dans les écoles d’art publiques.
Au tournant du siècle, Julie était une portraitiste très demandée à Berlin. Elle a notamment peint le portrait de l’épouse de Stanisław Przybyszewski, Dagny Juel, écrivaine norvégienne et muse des artistes de la fin du XIXe siècle. L’arrivée au pouvoir des nazis en 1933 a mis un terme à sa carrière. L’interdiction de publication ne lui permettait d’exercer son activité que dans le cadre de l’Union culturelle juive (Jüdischer Kulturbund). Sa dernière exposition eut lieu en 1937 au Musée juif de Berlin. Après la Nuit de Cristal en 1938, il était déjà trop tard pour émigrer. Le 28 octobre 1942, elle fut déportée avec sa sœur vers le ghetto de Theresienstadt, où Louise mourut peu après. Dans le ghetto, Julie continua à créer en secret (elle réalisait des portraits de ses codétenus). Elle mourut le 29 décembre 1944.
Julie Wolfthorn est tombée dans l’oubli pendant plusieurs décennies. Ses tableaux ont été considérés comme perdus ou détruits ; seuls quelques-uns se sont retrouvés dans des collections privées ou des collections d’art publiques. À Berlin, le Cercle des Amis de Julie Wolfthorn (Julie Wolfthorn Freundeskreis) a été créé ; il a pour mission de documenter sa vie et son œuvre, ainsi que de rechercher et de faire connaître ses œuvres. Parmi ses tableaux les plus célèbres figurent « Le Flûtiste » (ou « La Flûtiste », vers 1900) et « La Jeune Fille aux yeux bleu-vert » (ou « La Sorcière de la forêt », vers 1899). En 2002, une plaque commémorative a été inaugurée à Berlin, en l’honneur de la peintre, et une rue a été baptisée en son honneur. Au n° 50 de la Kurfürstenstraße, se trouve un « Stolperstein » (pavé de mémoire) portant son nom.