18 avril 1884, Buczkowitz (aujourd’hui Buczkowice en Pologne) – 8 octobre 1943, Cosenza/Cerisano (Italie)
L’un des graphistes les plus originaux du Berlin d’avant-guerre. Auteur de nombreux ex-libris remarquables, riches en ironie, en humour et en symbolisme varié, qui constituent une part importante de l’expression artistique de l’artiste.
Michel Fingesten (Michel Finkelstein) est né en 1884 dans le village de Buczkowitz, qui se trouvait alors sur le territoire de l’Autriche-Hongrie. Son père était d’origine juive mais protestant ; il exerçait le métier de tisserand. Sa mère était issue d’une famille juive de Trieste. Michel était l’aîné d’une fratrie de six enfants. En 1900, il partit étudier à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne. Au bout de deux ans, il partit en voyage et visita notamment les États-Unis, l’Australie, le Japon et la Chine. Il suivit également, pendant un certain temps, des cours à Munich sous la direction de Franz von Stuck. À cette époque, il gagnait sa vie en effectuant divers petits boulots, mais aussi en dessinant et en peignant.
En 1913, il s’installa à Berlin. Son œuvre commença à être saluée par la critique ; il collabora avec les revues « Marsyas » et « Kunst der Zeit ». Il devint rapidement l’un des graphistes berlinois les plus célèbres. En 1914, il se maria et eut deux enfants. Après l’arrivée au pouvoir des nazis, son œuvre fut qualifiée d’« Entartete Kunst » (« Art dégénéré ») ; ses œuvres furent retirées des galeries et des espaces d’exposition. Sa femme et sa fille s’enfuirent en Amérique du Sud. Fingesten et son fils partirent pour Milan. Peter Fingesten (1916-1987) réussit à s’enfuir aux États-Unis en 1939 ; après la guerre, il devint artiste. Michel Fingesten est resté en Italie et, malgré des conditions de plus en plus difficiles, il n’a cessé de créer et d’organiser des expositions. En 1937, il a cofondé le premier groupe italien de collectionneurs d’ex-libris, le Gruppo Italiano dell’Ex Libris e del Bianco e Nero.
Le 9 octobre 1940, Michel Fingesten fut arrêté et interné dans les camps de Civitella del Tronto et de Ferramonti di Tarsia. Il mourut des suites d’une infection, le 8 octobre 1943, peu après la libération du camp par l’armée britannique. Malgré sa renommée passée, il tomba rapidement dans l’oubli. Ses gravures ont été préservées, grâce à des collections privées. Elles témoignent de l’ingéniosité de Fingesten dont l’imagination ne connaissait aucune limite. Grâce à lui, les ex-libris ont dépassé leur fonction utilitaire et décorative initiale, pour devenir des œuvres d’art à part entière. L’œuvre de Fingesten oscillait entre érotisme et politique, réagissant vivement à la réalité qui l’entourait, notamment à la catastrophe des deux grandes guerres du XXe siècle.