30 novembre 1899, Prague — 17 octobre 1944, camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau
Pianiste, violoniste et compositeur lié à la bohème pragoise, auteur de l’opéra pour enfants « Brundibár », qui fut joué pas moins de 55 fois dans le ghetto de Terezín.
Il était issu d’une famille aisée de Prague : son père, avocat, avait les moyens d’engager des musiciens pour interpréter les compositions de son fils alors adolescent. À l’Académie de musique de Prague, il a notamment étudié sous la direction d’Alexander Zemlinsky, et ses premières compositions « d’adulte » ont été influencées par Gustav Mahler et Igor Stravinsky. Il refusa des offres de postes de chef d’orchestre à Berlin, Paris et Chicago, ne souhaitant pas quitter définitivement son pays natal. Il se lia avec la bohème pragoise, et consacrait autant de temps à la vie sociale, aux parties d’échecs et aux discussions dans les cafés sur la peinture et la littérature qu’à la musique. Pendant sept ans, il ne composa rien, travaillant comme répétiteur.
Au début des années 1930, il composa une cantate monumentale pour chœur mixte et orchestre, « Die Erde ist des Herrn » [La Terre appartient au Seigneur], qui suscita, par son approche novatrice de la musique, de vives controverses et les critiques de la presse conservatrice. Il en fut de même pour l’opéra de Krása « Verlobung im Traum » [Les Fiançailles en rêve], sur un livret inspiré du « Rêve d’un oncle » de Fiodor Dostoïevski (1933), critiqué pour mêler dans sa musique des éléments bouffes, des thèmes romantiques et du psychologisme, ainsi qu’avec son œuvre suivante, « Kammermusik für Cembalo und 7 Instrumente » [Musique de chambre pour clavecin et 7 instruments] (1936). Malgré ces critiques, l’opéra de Krása a reçu le Prix d’État tchécoslovaque.
L’œuvre la plus célèbre de Hans Krása, l’opéra en deux actes « Brundibár » [Le Bourdon], sur un livret d’Adolf Hoffmeister, a été composée en 1938, dans le cadre d’un concours d’opéra pour enfants. Ce conte féerique mettant en scène la lutte du bien (les frère et sœur Aninka et Pepíček) contre le mal (le joueur d’orgue de Barbarie Brundibár) a été joué à plusieurs reprises à Prague sous l’occupation allemande, mais il a pris une signification particulièrement symbolique lorsque, en 1941, Krása a été déporté vers le « ghetto modèle » de Theresienstadt.
Après avoir adapté la partition aux moyens de la troupe – les musiciens et les comédiens étant systématiquement déportés vers d’autres camps –, la première de « Brundibár » a pu avoir lieu le 23 septembre 1943. Jusqu’à l’automne de l’année suivante, lorsque les derniers convois quittèrent Theresienstadt, l’opéra fut représenté 55 fois, soit en moyenne une fois par semaine. Dans le film de propagande allemand « Der Führer schenkt den Juden eine Stadt » [Le Führer offre une ville aux Juifs], on peut voir des enfants se produisant dans l’opéra de Krása, et assis dans le public. Ce film était censé prouver que les Juifs de Theresienstadt menaient une vie paisible et sûre.
Dans le ghetto, Krása continua à composer. Ses œuvres les plus importantes de cette période sont : « Tanz für Streichtrio » [Danse pour trio à cordes] (1943) et « Passacaglia und Fuge für Streichtrio » [Passacaille et fugue pour trio à cordes] (1944). À la mi-octobre 1944, il fut déporté à Auschwitz, notamment avec Pavel Haas, Gideon Klein et Viktor Ullmann, ainsi que les enfants qui avaient joué dans son opéra. Il y fut assassiné deux jours après son arrivée.